Coucou les Baloosiens ! Petit article pour vous décrire rapidement notre traversée vers les îles Canaries et notre arrivée à La Graciosa.
Après être arrivé à Gibraltar le mardi 6 octobre, nous avons attendu la fenêtre qui nous permettrait de quitter le continent pour les Canaries.
Nous restons donc finalement 3 jours en escale au mouillage de La Linea de la Concepcion, ville sans aucun charme qui jouxte la ville de Gibraltar et son Rocher mais qui offre un abri parfait et tout ce qu’il faut pour un gros avitaillement avant une longue navigation.
Nous en profitons également pour nous balader un soir dans Gibraltar avec Chris et Pat, un couple comme nous en grande croisière sur leur catamaran ‘’La Folie’’ rencontré à Motril avec qui nous avons sympathisé. Gibraltar c’est l’occasion de manger un Fish&Chips dans un pub anglais :-). La ville n’est plus aussi "British" que dans notre souvenir mais le Fish&Chips est à la hauteur et nous passons une très bonne soirée.
Le vendredi 9 octobre nous faisons le point avec l’équipage de La Folie autour d’un apéro car nous souhaitons effectuer le passage du détroit en flottille pour plus de sécurité : pour les prochains jours le vent est Est et Nord-Est force 5, le courant est favorable à un départ en début de matinée, la houle est prévue dans le dos et les orques semblent absents du détroit… La décision est prise nous partons demain matin !
Le samedi on se lève vers 7h, prenons une nouvelle fois la météo, mettons en ordre de marche le bateau. Les hublots sont verrouillés, tout ce qui est susceptible de tomber est rangé, on sort la perche IOR, on accroche et on sécurise solidement l’annexe et à 8h15 on est paré. On lève l’ancre et hissons la grand voile avec 2 ris (environ 3/5 de la voile) et déroulons le génois tout en gardant l’appui d’un moteur pour sortir de l’immense baie de Gibraltar car il y a des cargos partout et le vent ne s’est pas encore levé.
Après une heure, nous attaquons le détroit et le vent est désormais bien établi entre 15 et 20 nœuds. Avec La Folie nous décidons "en live" de prendre plein sud pour traverser directement le détroit et longer ce dernier le long de la côte marocaine plutôt que la côte espagnole. On est stressé avec les orques et le capitaine reste à la barre… On avance vite à 7 noeuds dans le DST (canal ‘’virtuel’’ officiel de séparation du trafic maritime dans le détroit).
A peine le DST traversé, un gros aileron noir sort de l’eau à 3 mètres devant la coque bâbord. Ouh, le stress monte sacrément ! Le Cap’tain crie à Sosso, « y a un aileron, un gros... devant le bateau ». On contacte La Folie pour les prévenir, ils sont juste derrière nous. Quelques minutes se passent, rien. La Folie nous appelle, il y a 6 cétacés juste à coté d’eux mais c’est confirmé il s’agit de globicéphales totalement inoffensifs avec les bateaux.
On souffle mais on va rester tendu jusque vers 20h où nous passons sous le 39ème degrés de latitude Nord, au large d’Asilah au Maroc, qui est la limite où aucun orque n’a jamais été observé. Nous avons déjà parcouru 80 milles. Le vent a faibli à 3 Beaufort mais nous avançons bien avec les voiles en ciseaux (les voiles ne sont pas du même côté ou sur la même amure en terme marin) plein vent et houle arrière dans un bon confort.
La première nuit de navigation commence. 22h, le Cap’tain par se coucher et Sosso assure son 1er quart jusqu`à minuit. Les quarts s’enchaînent ainsi toutes les 3 heures de 22h à 10h du matin. On dort en décalé, d’un sommeil haché et il va falloir quelques jours pour prendre le rythme. Durant la nuit il y a beaucoup de bateaux au large et la vigilance est de mise jusqu'au matin.
Le lever du jour, avec l’apparition des premiers rayons du soleil, est toujours un moment à part. Souvent il nous apparaît d’une grande banalité au quotidien alors qu’il relève d’un caractère extraordinaire en grande navigation. C’est quelque part assez magique et tout votre être se sent vivre ou revivre. Ce moment est difficile à décrire, il est beau, il fait du bien, il vous rend gai et ce quelque soient les conditions de mer que vous avez rencontré pendant la nuit.
Les jours de navigation s’enchaînent. Ils sont rythmés par le réglage des voiles ou l’ajustement du cap, les points météo 2 fois par jours grâce à Starlink, la tenue du livre de bord toutes les 3 heures, la lecture, une petite sieste et la préparation des repas. Ce dernier point est crucial car le moral de l’équipage en dépend. Ce sont les 2 seuls véritables moments partagés ensemble, avec le film du soir – une comédie genre De Funès - blotti dans le carré avant le premier quart de nuit. Sosso assure des menus quasi gastronomiques pour les conditions dans une mer de 2m à 2m50 pendant 3 jours. Taboulé, lasagne, empañada, paëlla, nachos… Le Cap’tain savoure, très reconnaissant !
Le 3ème jour de mer, vers 7-8h du matin il y a 6-7 thons jaunes de bonne taille (1m) entre deux eaux à quelques mètres de la jupe arrière tribord du bateau… on hallucine ou bien ! La mer est grosse et la pêche dans ces conditions peut s’avérer dangereuse au moment de sortir un poisson de l’eau car il faut descendre sur la jupe arrière du bateau. Le Cap’taine est résonné par la Cheffe-mousse-cheffe Sosso (coucou JP et Béné… ils comprendront) : on ne pêche pas. Vers 11h les thons suivent toujours… Le Cap’taine craque après 3h à se faire narguer et met la ligne à l’eau, devant leur nez. 1er leurre, rien, on essaie un autre leurre et les thons nous snobent, un troisième toujours rien...6 leurres plus tard il est presque 16h lorsque les thons disparaissent, ils se sont bien marrés de toute évidence !!!
Depuis notre départ la houle a une période d’environ 7 secondes ce qui la rend « assez » confortable car le bateau passe entièrement entre 2 crêtes. Ce n’est pas de tout repos et les organismes sont quand mêmes fatigués de toujours tanguer mais on ne peut pas se plaindre d’autant que le vent n’a pas fait défaut depuis le début nous assurant de très belles moyennes quotidiennes.
Mercredi 14 octobre, il est 8h du matin (6h UTC), la mer se calme un peu et Sosso part se coucher après son dernier quart. Il nous reste moins de 60 milles nautiques après 96h de navigation, dans notre tête c’est comme si nous étions arrivés. Le vent faibli également et vers 10h on affale la grand voile et le génois qui battent dans un vent trop mou pour ce qu’il y a de houle. On déroule le gennaker mais la vitesse est un peu faible autour de 3,5 noeuds risquant de nous faire arriver de nuit. Vers 11h on préfère donc envoyer le spi symétrique afin d’être certain de jeter l’ancre dans l’après-midi. On file à 5-6 noeuds avec notre belle voile bariolée de bleu et rouge jusqu`à atteindre le Nord de Lanzarote et La Graciosa.
Il fait beau, le paysage est très sauvage et nous sommes au calme. Une vingtaine de bateaux a jeté l’ancre après une traversée depuis Gibraltar ou le Portugal comme nous. On prend une douche brûlante et on se pose pour profiter d’un superbe coucher de soleil en sirotant un Vermouth et en écoutant une musique d’ambiance. On connaît par cœur ce plaisir au mouillage mais après presque 5 jours de mer, c’est comme si on le redécouvrait : on savoure.
Tapas au menu 😋
Quelques chiffres :
- Nous avons parcouru 602 milles nautiques (environ 1150km) en 106h soit une vitesse moyenne de 5.7nds
- Nous avons fait 4 heures de moteur (3h au départ en appui des voiles et 1h à l’arrivée à l’approche et pour prendre le mouillage).
- Aucune casse ni problème technique à bord, Baloo a assuré.
- Le vent le plus fort constaté a été 23 nœuds (6 Beaufort), le vent moyen autour de 15 noeuds, la houle entre 1,5m à 2,5m tout du long.
- Nous n’avons rien pêché et je ne m’attarde pas plus sur ce bilan...




















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